La fin et le début

J’ai commencé plusieurs brouillons depuis mon dernier post mais je ne les ai jamais publiés. En résumé : l’hystéroscopie opératoire s’est merveilleusement bien passée. J’ai stressé, j’ai été à la limite d’écrire mon testament, je me suis endormie au bloc les yeux dégoulinants et le corps tremblotant… mais tout s’est bien passé.

Le cycle qui a suivi m’a paru interminable. Je comptais les jours. Je suis arrivée à la fin de ma boîte de tests d’ovulation sans avoir ovulé. Déprimée, persuadée que tout ceci avait affecté ma fertilité, j’ai commencé à prendre de la progestérone à J32 pour déclencher des saignements. Mes règles se sont pointées à J35, alors que je prenais encore la progestérone. Moi, impatiente ?

Pour me défendre, je les attendais impatiemment pour aller faire l’hystéroscopie de contrôle post-op. Qui doit se faire 4 à 6 semaines après l’opération. Qui peut se faire pendant les saignements, ou en 2ème partie de cycle, mais apparemment il n’y a que les secrétaires qui prennent les RDV qui ne le savent pas. Bref, le 31 octobre, j’ai eu le feu vert du chirurgien pour redémarrer une grossesse.

Entre temps, nous avons appris que notre jeune chat de 5 ans était atteint d’un lymphome très agressif, que son caractère ne permet pas vraiment d’envisager une chimiothérapie, et que le seul traitement qui aurait pu rallonger son espérance de vie de quelques semaines (ou le tuer en 24h, pile ou face) était en rupture.

J’ai recommencé les tests d’ovulation sans conviction. Plus pour savoir quand débarqueraient mes règles que pour retenter une éventuelle grossesse. Que peut nous apporter 2018 si ce n’est de la tristesse ?

A 10DPO, je tente quand même un test bandelette. J’ai l’impression de voir une ombre mais le test digital dit « pas enceinte » alors j’ai dû rêver. Et puis, le lendemain, une sensation étrange en allaitant bébépom. Une sensation qui me rappelle mai. Une ligne très pâle sur la bandelette. Un petit + sur le test digital.

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2018 nous apportera-t-elle encore plus de tristesse, ou enfin un début de bonheur ?

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Quand y en a plus y en a encore

Il y a deux semaines, je sortais des urgences gynécologiques presque honteuse d’avoir dérangé pour rien mais surtout le cœur gonflé d’espoir par le diagnostic de l’interne : pour elle, mes saignements étaient tout simplement mes règles, certes un peu longues mais apparemment cela n’a rien d’étonnant après une fausse couche, et mon utérus était vide. C’est écrit noir sur blanc sur le compte-rendu :

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Une semaine plus tard, les saignements sont toujours présents. Je veux bien avoir une « irrégularité menstruelle », mais quatre semaines de saignements, ça me paraît quand même bien long… Je dois reprendre le boulot le mardi, donc je prends un rendez-vous de dernière minute sur doctolib le lundi. Je m’attends à un petit dérèglement hormonal, je me prépare psychologiquement à ce que le gynécologue me mette sous Duphaston voire sous pilule pendant un ou deux cycles. En tout cas, je ne m’attendais certainement pas à ce qu’il trouve une rétention à l’échographie… et pourtant :

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« présente des signes de rétention après une FCS de 7-8S il y a 2 mois (a eu Gymiso – mal supporté) / métrorragies persistantes / image intracervicale de rétention 20x10mm »

Retour donc à la case départ aux urgences gynécologiques, avec le mot du gynéco, pour planifier une aspiration. C’est mon dernier jour de vacances, j’aimerais profiter de mon fils, de mon canapé, du beau temps, n’importe quoi plutôt qu’attendre pendant trois heures aux urgences gynécologiques.

Quand vient enfin mon tour, le diagnostic de rétention est confirmé. Mais j’apprends qu’elle est toujours vascularisée, et que je ne peux donc pas subir d’aspiration car les risques hémorragiques sont trop importants.

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L’interne me renvoie chez moi avec le numéro du secrétariat du service concerné pour prendre rendez-vous pour une hystéroscopie diagnostique. Ils n’ont pas de place avant le 25 septembre… J’ai pris le Gymiso le 25 juin, trois mois pour savoir enfin ce qui se passe dans mon corps, cela me paraît beaucoup trop long.

Les fausses couches sont banales pour le corps médical. Ce sont des dossiers à classer en trois piles, « fausse couche complète », « suivi pour protocole médicamenteux », « suivi pour protocole chirurgical ». Les rétentions, ça n’a pas l’air d’intéresser grand monde. Ça sort des cases. C’est un échec. Un échec du corps qui n’a pas su faire la fausse couche complètement. Un échec du protocole médicamenteux ou chirurgical. Et puis, c’est emmerdant, les rétentions. Ça demande d’aller y voir de plus près, ça bouscule les rapports bénéfices-risques des protocoles habituels.

Je n’en veux pas à l’interne qui s’est trompée. A ce moment, j’en veux au corps médical tout entier. Qui se moque de l’inconfort physique d’avoir des saignements depuis 2 mois, de l’anémie que cela entraîne, des répercussions sur mon moral.

Au final, je prends les choses en main et obtiens un rendez-vous dans le centre où j’étais allée il y a un an et demi. Avec le même médecin.

Il me reçoit avec le même sourire et la même loquacité que l’année dernière (ironie inside), mais comme l’année dernière l’examen se déroule sans douleur, en un claquement de doigts. La rétention est confirmée, et elle est en effet toujours vascularisée. Selon le médecin, elle pourrait finir par partir dans 3 ou 4 mois. L’alternative, c’est l’hystéroscopie opératoire. Je prends !

J’appréhende évidemment l’intervention, ma première anesthésie générale, et sur un organe aussi sensible pour une femme en désir de grossesse… mais j’ai besoin de tourner la page, et vite…

Mon corps, cet étranger…

Depuis mon retour de couche après la naissance de mon fils, et l’apparition de « vrais » cycles – chose que je n’avais jamais connue du fait de mes ovaires polykystiques – j’étais devenue une spécialiste de mon corps dans sa fonction reproductive. Même avant de reprendre les essais, je scrutais mes glaires cervicales, je reconnaissais l’ovulation, les douleurs et la baisse de lactation de la phase lutéale, les envies de sucre à l’arrivée des règles, le spotting, les contractions qui descendent jusque dans les cuisses le premier jour des saignements, et rebelote les 32-33 jours suivants… Mon corps était une machine prévisible.

Puis il y a eu ce début de grossesse, et la prise du Gymiso.

Petit retour en arrière… dans mon dernier article, on m’avait prescrit du Cytotec que je n’osais pas prendre. Le lendemain, ma décision est prise : je veux un curetage. Je déteste téléphoner, alors je missionne mon mari d’appeler l’hôpital pour savoir comment ça se passe. La personne qui le reçoit au téléphone lui annonce qu’ils ne font pas de curetage d’emblée, qu’il faut d’abord tenter la solution médicamenteuse. Je suis dépitée. Il me propose alors d’appeler la maternité où j’ai accouché un peu plus de deux ans plus tôt, qui nous invite à passer dès que je me sens prête.

Dans la salle d’attente, nous discutons de tout ce qui a changé depuis la dernière fois. Ils ont ajouté un accueil, déplacé l’entrée des toilettes… Et puis il y a tout ce qui n’a pas changé. Ces fauteuils de la salle d’attente sur lesquels nous avons tant attendu. Cette fois, l’attente est plutôt raisonnable, je n’ai même pas le temps de voir passer une femme enceinte (un comble dans une maternité !)

L’interne nous fait entrer mon mari et moi dans le bureau des urgences gynécologiques. Je lui fais lire mon dossier (déjà bien épais pour si peu de semaines de grossesse…) On passe à l’échographie qui confirme une troisième fois l’arrêt de la grossesse (en même temps, je ne m’attendais pas à un miracle) et elle nous expose les solutions. Les TROIS solutions : expectative, médicamenteuse, chirurgicale. Psychologiquement, je ne peux plus me permettre la solution expectative, même si j’ai envie de l’embrasser pour l’avoir proposée. Elle nous fait lire des documents sur les deux autres : le protocole du misoprostol et celui de l’aspiration. C’est mon mari qui pose les questions. A cet instant, je ne sais plus ce que je veux. Les documents expliquent qu’une aspiration peut être nécessaire en cas d’échec du misoprostol, et que la prise de misoprostol peut être nécessaire en cas d’échec de l’aspiration. J’ai l’impression de me retrouver devant un non-choix. En fait, je demande même à mon mari de choisir pour moi.

« Fais une aspiration », m’avait dit belle-maman avant qu’on parte. « Je choisirais l’aspiration » me dit mon mari dans le bureau des urgences gynécologiques. L’interne commence à me chercher un rendez-vous quand je change d’avis. J’ai peur pour mon col, j’ai peur de l’anesthésie… ce seront finalement les médicaments.

Alors que la gynécologue de ville m’avait prescrit le Cytotec avec du simple Doliprane en me disant que ce serait « comme des règles », je repars de l’hôpital avec une ordonnance longue comme le bras d’anti-douleurs à prendre en prévention, et un arrêt de travail d’une semaine. Mon dossier est en plus mis en attente dans le bureau, pour être disponible rapidement en cas de besoin d’une aspiration en urgence. Cette prise en charge me rassure.

On est dimanche, j’attends donc le lendemain pour aller chercher à la pharmacie les médicaments prescrits (le Gymiso m’a été fourni par l’hôpital). Je commence par le Tramadol et le Primpéran, 30 minutes avant la première prise de misoprostol. Je relis le protocole, l’ordonnance… l’interne m’a prescrit une dose bien plus importante que la dose maximale indiquée sur le protocole, je décide donc de suivre le protocole plutôt que l’ordonnance. Les effets secondaires ne se font pas attendre. Nous sommes fin juin, il fait beau et chaud, et moi je grelotte en gros pull sous 2 plaids. Les maux de ventre arrivent ensuite, et de violentes diarrhées. En revanche, aucun saignement.

Six heures plus tard, rebelote. Tramadol, Primpéran, Gymiso… Je me suis forcée à manger pour prendre les médicaments mais je n’ai pas faim. Après cette deuxième dose, je me sens faible. J’ai toujours des frissons, et j’enchaîne les aller-retours aux WC plus souvent qu’un jour de gastro. Mais les saignements apparaissent, et rapidement j’expulse l’œuf.

Le lendemain, même protocole. J’ai moins de frissons, mais les effets sur mon système digestif sont toujours aussi violents. J’avais peur de l’hémorragie, finalement je saigne très peu. Tellement peu que je retourne aux urgences gynécologique le mercredi. L’échographie montre que j’ai bien expulsé l’œuf mais le trophoblaste est toujours en place. J’ai rendez-vous le lundi pour contrôler que l’évacuation a bien eu lieu, le misoprostol faisant encore effet après la prise.

En effet, le lendemain, j’évacue le trophoblaste. Mais ce n’est pas le seul effet à retardement du misoprostol… Pendant la nuit, je pensais m’être fait attaquer par une armée de moustiques. A la lumière du matin, je réalise que j’ai en fait une plaque d’urticaire du cou jusqu’aux genoux ! Heureusement, le temps qu’un médecin arrive, l’urticaire s’est bien calmé et finit par partir complètement sans traitement supplémentaire.

Mais le lendemain, nouveau signe d’allergie : je me réveille avec le visage de Quasimodo. Mes paupières, mon nez… tout mon visage est gonflé jusqu’à la bouche, lèvre supérieure comprise. Fort heureusement la langue n’est pas touchée. Ce qui est sûr, c’est que moi je ne suis pas prête de retoucher au Gymiso. J’avais bien remarqué une douleur à la langue lors de la prise (je laissais fondre les comprimés dessous), mais je n’y avais pas prêté attention… je suis contente en tout cas de ne pas avoir pris la dose prescrite (deux fois plus importante !)

Pendant cette semaine, je pleure un peu, mais surtout je tourne en rond. Une fois les effets secondaires et ceux de l’allergie estompés, je n’ai pas envie de rester chez moi à ressasser. Je décide donc d’aller faire la visite de contrôle le dimanche, avec mon mari pour me soutenir, et de retourner travailler avant la fin de mon arrêt maladie. L’échographie de contrôle montre une rétention de 15mm. L’interne me laisse le choix entre attendre le prochain cycle pour voir si elle s’évacue avec les règles, ou une nouvelle prise de Gymiso. Mon choix est vite fait.

Les jours passent. J’ai des pertes de sang légères et des douleurs de règles. Rien de très anormal dans ce contexte. Un mal de dos également. Une sorte de lumbago qui me fait faire trois séances d’ostéopathie en trois semaines. Les deux ostéopathes que je consulte me confirment ce que je pense : ce mal de dos est lié à la fausse couche, aux contractions qui ont mis le bazar dans mon bassin. Je consulte également une acupunctrice, pour aider l’évacuation de la rétention, mais sans succès.

Je prends un deuxième avis auprès du gynécologue qui avait suivi mon début de grossesse concernant la rétention, et celui-ci me confirme que je peux attendre le prochain cycle pour l’évacuer, à condition de suivre l’évolution du dosage HCG sanguin.

Un mois plus tard, ma douleur au dos est devenue telle que même assise sur une chaise, elle se propage dans mes jambes. Au travail, je serre les dents. Chez moi, je ne peux m’asseoir que sur ma swissball. C’est alors que je consulte une perle d’ostéopathe, spécialisée dans la périnatalité, qui me soulage en travaillant uniquement sur les os pubiens et le sacrum.

Malgré tout, lorsque je pars en vacances début août, le dosage HCG est toujours bien positif, et les pertes toujours présentes… Elles finissent d’ailleurs par s’intensifier et par devenir de vrais saignements.

Le 19 août, cela fait deux semaines que je saigne par intermittence. Je ne comprends pas ce qui se passe et ça m’angoisse. Est-ce que c’est la rétention qui fait des siennes ? Est-ce que j’ai un début d’infection ? Je n’arrive plus à profiter de mes vacances et me rends donc de nouveau aux urgences gynécologiques…

A l’échographie, il n’y a plus de rétention, et mon utérus est celui d’une femme qui a ses règles !

Depuis deux jours, je suis donc perdue. Si j’ai mes règles, c’est donc que j’ai ovulé… mais je n’ai rien senti, pas eu de glaires… et comment ai-je pu ovuler avec un niveau de HCG aussi haut ? Et quand ont commencé ces règles, puisque je saigne depuis deux semaines et que cela ne s’arrête pas ?

Je ne reconnais plus mon corps. J’ai pris 6kgs ces quatre derniers mois, 2 de bonheur, 4 de chagrin… et je crois que les ovaires polykystiques ont repris le dessus. Il faut que je reprenne les efforts, l’alimentation IG bas / anti-inflammatoire, le sport, la perte de poids, les compléments alimentaires…

Cette fausse couche aura duré aussi longtemps que cette grossesse, et j’ai l’impression qu’elle laisse derrière elle un champ de bataille, aussi bien dans ma tête que dans mon corps…

Dans les Limbes

Je pensais que mon rendez-vous chez la gynéco m’apporterait des réponses, non au pourquoi de la grossesse arrêtée, mais sur ce qui doit se passer ensuite. En téléphonant pour prendre rendez-vous, mon moral allait déjà mieux. J’avançais. Je pensais ne pouvoir qu’avancer désormais, jusqu’à tourner la page complètement. Pourtant, me voilà, deux jours plus tard, toujours aussi perdue.

Ce n’est pas ma gynécologue qui m’a reçue, mais sa nouvelle collaboratrice, une petite jeunette de mon âge ou presque. J’avais lu sur divers blogs et forums à quel point le corps médical peut être froid face à ces grossesses qui se terminent précocement. Mais en allant voir une gynécologue femme, je m’attendais à un minimum d’empathie.

Cela faisait plusieurs jours que j’arrivais à évoquer cet accident de la vie sans pleurer. Et pourtant, en entendant cette jeune femme répéter « c’est triste, oui, mais… » je n’ai pas pu me contenir. Qu’en sait-elle, de la tristesse d’une fausse couche, elle qui me prescrit un médicament qui n’est plus délivré en pharmacie sans me le dire, m’obligeant à déballer encore plus mon histoire dans une officine bondée, puis dans la rue au téléphone avec les urgences de l’hôpital ? Qu’en sait-elle, de la tristesse d’une fausse couche, elle qui m’assure que ce sera comme des grosses règles et ne me propose même pas un arrêt de travail ?

J’étais naïve, je pensais qu’une fausse couche démarrait toujours par des douleurs ou des saignements. Je ne suis d’ailleurs pas la seule. Quand je dis autour de moi que ma grossesse s’est arrêtée, on s’attend à ce que tout soit terminé. Mais non, tout est là, l’œuf, les hormones, la torture mentale en attendant l’épreuve physique de l’expulsion. Double peine.

Depuis deux jours je lis des témoignages sur le Cytotec (qui n’est plus commercialisé – si j’étais allée à l’hôpital on m’aurait donné du MisoOne ou du Gymiso – mais ma gynécologue n’avait que ça au cabinet, et de toute façon c’est la même molécule…) et je n’arrive pas à le prendre.

Alors j’attends, encore et encore. Dans les Limbes…

Le miracle qui n’arrivera pas

Mars / avril 2018 : Nous sommes prêts ! L’idée du deuxième a fait son chemin dans ma tête depuis un moment. Physiquement, j’ai perdu du poids et un régime sans sucre m’a fait retrouver des ovulations. On n’attendait plus que PapaPom soit prêt pour se lancer dans l’aventure. Mi-avril, mes règles débarquent. Je suis déçue, évidemment, mais je passe vite à autre chose.

Mai 2018 : J’ai utilisé des tests d’ovulation pour repérer mon ovulation, nous avons eu des rapports ciblés… et contrairement aux cycles précédents, c’est le calme plat au niveau de mon SPM. Aucun tiraillement dans l’utérus, aucun trouble du transit… Je commence les tests pipi à 7DPO. A 9DPO, une barre très pâle apparaît. A 10DPO (le 11 mai), le test sanguin est douteux : 18. Mais il était <5 un mois plus tôt, alors je n’ai pas beaucoup de doute.

14 mai 2018 : Test sanguin à 98. Je suis ENCEINTE. En C2. Mon taux est super, je suis la plus heureuse.

16 mai 2018 : Test sanguin à 174. Il n’a pas doublé. Je google à fond. Suis-je en train de faire une grossesse biochimique ? Ou est-ce que cette augmentation de plus de 60% en 48h me permet quand même d’espérer une issue heureuse ?

Mes bras sont bleuis par les prises de sang. Je vis dans l’attente des résultats du labo. Mon instinct me dit que quelque chose cloche, mais mon cœur veut y croire. Je fais des courbes, je compare avec les taux de ma première grossesse, avec les taux trouvés sur des forums…

A la première échographie, on ne voit rien. Le taux n’est pas encore assez élevé. Le compte-rendu du gynécologue ressemble pour moi à du charabia : « corps jaune hémorragique » et « lame d’hématométrie ». En gros, il y a du sang. Google ne m’aide pas à savoir si c’est normal ou pas, de mauvais pronostic ou pas. Une nouvelle échographie et un contrôle sanguin est programmé car cette échographie ne permet pas d’écarter une grossesse extra-utérine.

Deuxième échographie, l’œuf est là, bien placé dans l’utérus. Il y a aussi un décollement. Pour mon gynécologue, cela peut expliquer le taux qui ne double pas. Mais il reste confiant.

Troisième échographie, la vésicule vitelline apparaît à l’écran. L’évolution du taux est toujours aussi pourrie, et mon gynécologue date le début de grossesse au 11 ou 12 mai. Tout s’effondre. Pour lui, c’est tout à fait possible, les femmes se trompent souvent dans les dates. Mais je sais. Je sais que mon test d’ovulation était positif le 31 avril, je sais que j’ai ressenti une douleur le 1er mai, je sais que nous n’avons pas fait de câlins après le 31 avril, je sais que j’ai eu ce premier test sanguin positif le 11 mai…

Je fais une quatrième échographie dans un centre d’imagerie médicale. Le compte-rendu est beaucoup plus détaillé, avec des mesures. Je retiens surtout celle de la vésicule vitelline, à 6mm. Google me dit que ce n’est pas bon signe du tout. A ce stade, elle devrait faire 3mm. Une vésicule vitelline supérieure à 5mm est liée à un fort risque d’anomalies chromosomiques. Et il n’y a toujours pas d’embryon. Pour moi tout est fini. Je noie mon chagrin dans les sushis, le tartare de bœuf et les fraises non lavées. Quitte à faire une fausse couche, autant attraper la toxoplasmose en même temps.

Cinquième échographie, chez le gynéco : Un embryon est apparu ! Je m’en veux pour les sushis, le tartare, les fraises… Je demande pardon à ce petit embryon d’être déjà une si mauvaise mère, de l’avoir laissé tomber… Je reprends espoir.

Sixième échographie : L’embryon a grandi correctement, il clignote ! Je viens d’attendre 2h dans la salle d’attente, je suis très en retard au travail, alors je refuse l’échographie endo-vaginale qui m’aurait permis d’entendre les battements cardiaques. On note quand même un gros décollement / hématome autour de l’œuf. Je sors avec une ordonnance pour une surveillance deux semaines plus tard. En attendant, je dois me reposer, éviter les efforts.

C’est sans compter sur une varicelle compliquée d’une surinfection pulmonaire qui conduit mon fils à l’hôpital. Je porte ses 12 kgs pour les câlins, pour les soins… Je lui fais de la place dans mon lit de camp, car ce n’est pas à l’hôpital qu’on va mettre fin à 2 ans de cododo… Heureusement, nous sortons de l’hôpital au bout de 4 jours.

Passé le stress, je remarque toutefois que mes symptômes de grossesse se font plus rares. Mes seins ne sont plus douloureux. Je tiens des heures sans faire pipi.

Cela ne fait qu’une semaine depuis ma dernière échographie, mais je pousse de nouveau les portes du centre d’imagerie médicale. J’ai besoin de confirmer ce mauvais pressentiment.

Et en effet, le 14 juin, alors que je devrais être à 6SG, l’embryon fait la même taille que la semaine passée, et il n’y a plus d’activité cardiaque… Mon petit miracle, ma petite poussière d’espoir est devenue de la poussière d’ange…

Après les montagnes russes émotionnelles de ces dernières semaines, la nouvelle m’anesthésie. Je suis paralysée, incapable de penser ou de prendre une décision. J’ai fait cette échographie sur ma pause déjeuner, et l’après-midi je retourne au travail. Ce n’est qu’au moment de l’annoncer à ma chef que les larmes montent.

Je passe les jours suivants comme une zombie, en mode automatique. Je n’ai qu’une envie : dormir. Je suis une mauvaise mère, une mauvaise épouse, une mauvaise salariée. Mon fils tente par tous les moyens d’attirer mon attention, et la crèche me demande si ce n’est pas son séjour à l’hôpital qui le rend si différent du bébé facile à vivre qu’il est d’habitude. Je m’engueule avec mon mari qui ne vit pas du tout la perte de cette grossesse de la même manière. Je me fais remonter les bretelles au travail pour mes erreurs d’inattention, en pleine période d’évaluations et de négociation salariale…

Cela fait une semaine aujourd’hui que j’ai appris l’arrêt de cette grossesse, et probablement deux semaines que mon petit miracle s’est éteint. J’ai enfin pris les choses en main il y a deux jours. J’ai rendez-vous cet après-midi avec une gynécologue pour discuter de mes options.

Je suis prête à passer à autre chose, je dirais même que j’en ai besoin. Mais je n’ai pas envie de forcer les choses. Je ne veux pas brusquer mon corps, je veux le laisser réparer son erreur pour que nous puissions repartir sur de bonnes bases.

Néanmoins, l’ironie ne peut que me frapper… après avoir cherché pendant 4 mois à expulser un bébé en bonne santé, je ne m’attendais pas à ce que mon corps retienne aussi longtemps un embryon mort…

La question du deuxième

Je lis souvent des commentaires d’entourages un peu pressants : « c’est pour quand le deuxième ? »

Je ne sais pas si on a l’air déjà débordés avec un, mais on n’a jamais eu ce genre de questions. Pourtant, la question du deuxième me taraude de plus en plus. Non, pour être honnête, c’est plus que ça… l’obsession revient, j’envie les ventres ronds, je suis désagréable avec Monsieur Pom.

Car lui, le deuxième, c’est même pas sûr qu’il le veuille. Il a grandi avec un frère et une soeur, j’étais fille unique… notre vision est totalement opposée.

Il m’est inconcevable que le Lutin soit fils unique. Pour tout un tas de raisons qui ne sont pas forcément bonnes d’ailleurs, mais de toute façon je crois qu’on est plus heureux quand on est moins rationnel.

Reste que, même mes tripes se posent des questions. Je suis tellement fusionnelle avec le Lutin, comment faire de la place à un autre enfant ? Est-ce que je l’aimerai autant ? Est-ce que j’arriverai à avoir du temps pour les 2 ? Est-ce que le Lutin va en souffrir si ma grossesse se passe comme la première ? Est-ce que je suis assez solide pour surmonter tout ce qu’une grossesse implique en termes de risques ?

Voilà plusieurs mois que je prépare mon corps. J’ai perdu du poids, changé complètement mon alimentation, ce qui a eu pour effet positif de me faire retrouver des cycles réguliers. Je rêve d’une deuxième grossesse « naturelle ». Vous me direz, c’est ce qu’on aimerait toutes…

Mais c’est surtout que j’aimerais que ma deuxième grossesse n’ait rien à voir avec la première. J’ai l’espoir que si mon corps fonctionne mieux AVANT, alors il fonctionnera peut-être aussi mieux pendant…

Il y a 16 mois quand le Lutin est né je ne pensais pas être marquée par ma grossesse alitée. 16 mois plus tard je ne suis plus aussi certaine de m’en être tirée indemne… le traumatisme est profond mais il est là, il se traduit dans des petites choses d’apparence anodine… cet allaitement qui se poursuit alors que je devrais arrêter pour prendre un traitement incompatible, cette angoisse permanente qu’on découvre une maladie chez le Lutin (qui expliquerait que mon corps le rejetait), ce besoin d’être physiquement proche de lui, même si Monsieur Pom sature du cododo…

Bref, mon corps se prépare mais je crois que je suis très loin d’être prête…

Hystéroscopie et avenir

Mon petit Lutin a fêté son premier anniversaire, j’ai donc décidé qu’il était temps de passer cet examen qui pouvait – ou non – m’aider à comprendre le pourquoi du comment de cette MAP.

J’ai eu mon retour de couches début octobre, exactement 1 mois après ma reprise du travail. Je ne savais pas à quoi m’attendre étant donné qu’avant ma grossesse je n’avais pas de règles naturellement. Grosse surprise, mes cycles n’ont pas excédé 50 jours depuis mon RDC et je n’ai pas eu de problème à prendre RDV pour l’hystéroscopie.

Le médecin qui m’a reçue était plutôt froid. Je n’avais lu que des bons commentaires de ses patientes… j’ai été un peu déçue. En gros, j’ai eu l’impression que pour lui, en l’absence d’un réel accouchement prématuré ou de fausse couche, me prescrire cet examen était totalement inutile. Peut-être, j’en sais rien, mais je ne me le suis pas auto-prescrit donc ce n’était pas la peine de me le faire ressentir.

Passons à l’essentiel, le résultat : utérus absolument normal.

Rassurant d’un côté, et puis d’un autre je ne suis pas plus avancée…